Avant même de parler chrono, Gladys s’est aventurée là où peu osent poser le pied : courir de Paris à Brest, non pas derrière un record mais pour donner voix (et jambes) à ceux qu’on oublie le plus – les animaux dans l’élevage intensif. Rien de programmé, pas de sponsor costumé : juste un chariot de 45 kg et le désir de secouer les préjugés sur le véganisme et la performance. Qui aurait cru qu’une pâtisserie aurait autant d’importance qu’un marathon ? Anecdote personnelle : j’ai croisé une coureuse un jour qui glissait une part de Paris-Brest maison dans son sac pour fêter chaque victoire, comme quoi tout est question d’équilibre et de symboles. Prêt(e) pour une immersion là où le sport devient manifeste ?
L’animal invisible : course-à-pied, cochon et regards détournés
En France, le cochon est l’animal de l’ombre. Si l’on traverse la campagne, on aperçoit facilement des vaches, des moutons ou des chèvres dans les prés. Mais le cochon, lui, reste caché. Ce n’est pas un hasard : 95 % des élevages porcins en France sont intensifs, confinés dans des bâtiments fermés, loin des regards. En Bretagne, la situation est encore plus frappante, avec 57 % du cheptel porcin français concentré dans cette région. Pourtant, malgré cette présence massive, le cochon demeure invisible, absent de notre quotidien et de nos consciences.
C’est précisément cette invisibilité qui a motivé l’initiative de Gladys, coureuse engagée et végane. Pour elle, la course à pied militante devient un outil pour rendre visible l’invisible et interroger la place du cochon dans notre société. Comme elle le dit :
Je me suis dit bah c'est bien de mettre cet animal en lumière et justement par son absence de montrer qu'il y a quelque chose.
Ce choix n’est pas anodin. Contrairement à d’autres animaux d’élevage, le cochon est rarement vu par le grand public, car il vit presque exclusivement dans des élevages intensifs. Cette absence nourrit un tabou autour de l’élevage intensif porcin en France et de la protection animale. En courant de Paris à Brest, Gladis ne cherche pas seulement la performance sportive : elle veut questionner la normalité de cette invisibilité et inviter chacun à regarder autrement.
Associer performance physique et cause animale
La course à pied militante permet de porter un message là où il est difficile de le faire entendre. L’effort physique attire l’attention, suscite la curiosité et ouvre le dialogue. Gladys a choisi de lier son engagement pour le véganisme à une action concrète : rencontrer des éleveurs porcins, comprendre leur quotidien, et leur présenter des alternatives grâce à des associations comme Coexister, qui accompagne ceux qui souhaitent se reconvertir.
Ce parcours sportif devient alors un acte d’empathie et de sensibilisation. Il s’agit de dépasser la peur de remettre en question ce que l’on croit acquis :
N'ayez pas peur de démonter tout ce que vous pensez être sûr… c'est la peur qui empêche d'agir, c'est la peur qui empêche d'avancer.
Élevage intensif porcin : rendre visible l’invisible
En mettant le cochon au centre de son défi, Gladys invite à réfléchir à l’impact du véganisme sur l’élevage et à la massification de la production animale. L’élevage intensif porcin reste largement méconnu, alors même qu’il concerne la quasi-totalité des porcs élevés en France. Remettre l’accent sur cet « invisible », c’est déjà déclencher un débat sur notre rapport aux animaux et à la consommation.
À travers la course, la cause animale s’incarne, et l’invisible prend enfin place dans le regard du public.
Préparation et galères d’une course à pied militante : du chariot crevé aux rencontres manquées
Courir de Paris à Brest, ce n’est pas seulement une question de kilomètres ou de dépassement physique. Pour un ultra-endurance végan, chaque détail de la logistique compte, et chaque imprévu devient une aventure en soi. Derrière la performance sportive, il y a toute une organisation à inventer, surtout quand on veut porter un message militant et vivre en accord avec ses convictions.
Préparation physique : la confiance au coach
Pour affronter un tel défi, la préparation physique ne s’improvise pas. C’est Jean Masslot, coach chez Run Mines, qui a pris en charge toute la planification des entraînements. L’athlète le dit lui-même : « Autant laisser faire au pro ce qu’il sait faire. » Cette délégation a permis de se concentrer sur l’essentiel : tenir la distance, jour après jour, tout en gardant l’énergie pour la dimension militante de la course à pied.
Organisation logistique : Équipements camping et défis sportifs
L’autre grande bataille, c’est la logistique. Être ultra-endurance végan, c’est penser à chaque repas, chaque nuit, chaque détail du matériel. La nourriture est 100% végétale, préparée à l’avance ou improvisée selon les étapes. Pour dormir, c’est la tente qui s’impose, souvent installée grâce à l’application Camppace camping, une solution idéale pour trouver un jardin ou un coin tranquille chez l’habitant.
Mais le vrai héros discret de cette aventure, c’est le chariot. Il transporte tout : tente, vêtements, ravitaillement. Et il a donné du fil à retordre :
Le chariot ? Neuf crevaisons, j’ai pensé battre un record !
Réparer, regonfler, repartir… Ces galères font partie du quotidien, et chaque crevaison rappelle que l’ultra-endurance, c’est aussi une histoire de patience et d’adaptation.
Course à pied militant : l’omerta du secteur porcin
Au-delà de l’effort physique, le cœur du projet est la rencontre. L’objectif : dialoguer avec des éleveurs, comprendre leur réalité, porter la voix des animaux. Mais dans le secteur porcin, la porte reste souvent fermée. Les numéros sont introuvables, les e-mails inexistants, et sur les réseaux sociaux, c’est le silence. Même les courriers manuscrits restent sans réponse. Une seule éleveuse accepte un rendez-vous… pour finalement ne pas venir.
C’est la peur qui empêche d’agir, c’est la peur qui empêche d’avancer. Cette omerta, bien réelle, souligne la difficulté de créer du lien entre militants et éleveurs, surtout dans l’élevage intensif. En comparaison, les éleveurs laitiers se montrent plus accessibles, avec des contacts plus faciles à établir, illustrant un contraste frappant dans la démarche de dialogue.
Vivre et s’adapter : camping sauvage et imprévus
Chaque soir, il faut trouver où planter la tente. L’application Camppace camping devient un allié précieux pour l’ultra-endurance végan. Parfois, c’est l’improvisation totale, parfois une réservation à l’avance. Entre deux étapes, il faut aussi gérer la météo, la fatigue, et la solitude. Tout n’est pas que dépassement physique : penser à la logistique, s’adapter en mode camping sauvage, et tenter de briser la glace avec les éleveurs… C’est parfois un record de galères plus qu’un record de kilomètres.
Paris-Brest ou victoire pâtissière et symbolique : végétalisation et rituels en chemin
Le parcours Paris-Brest, c’est bien plus qu’une ligne sur une carte ou une succession de kilomètres avalés. C’est aussi un clin d’œil à la culture française, où la légendaire course cycliste partage son nom avec un gâteau tout aussi mythique. Ce double sens amuse, inspire, et devient un fil rouge pour Gladis, qui a choisi de célébrer son arrivée à Brest avec un Paris-Brest… mais pas n’importe lequel : un Paris-Brest végétal.
La quête du Paris-Brest végane : une aventure dans l’aventure
Transformer la végétalisation pâtisserie Paris-Brest en mission annexe, c’est s’offrir un défi dans le défi. À l’arrivée, le jour de son 36ème anniversaire, Gladys voulait souffler ses bougies sur ce symbole de réussite. Mais trouver un Paris-Brest végane à Brest s’est révélé être une véritable épreuve logistique. La pâtisserie végétale locale était fermée, et même les adresses repérées à l’avance n’avaient pas toujours la spécialité en stock. C’est finalement à Paris, chez VG Pâtisserie, que le précieux dessert a été commandé, puis convoyé par la famille jusqu’à Brest.
« J’ai soufflé mes 36 bougies sur un Paris-Brest végétal. »
La famille : relais logistique et émotionnel
Dans cette course à pied expérience, la famille joue un rôle clé. Elle n’est pas seulement soutien moral, mais aussi relais concret de l’alimentation végétale sportive. Transporter le gâteau sur des centaines de kilomètres, c’est participer à la victoire, partager le plaisir, et ancrer le souvenir. Ce rituel de célébration, autour d’une pâtisserie végane, devient un moment de convivialité et de reconnaissance du chemin parcouru.
La montée en puissance des pâtisseries végétales
Le Paris-Brest, c’est un chou garni de crème pralinée – qui peut devenir végane, si on cherche vraiment. Aujourd’hui, la végétalisation gagne la gastronomie traditionnelle. Des enseignes comme Land & Monkey, fondées par Rodolphe Landeman, incarnent ce mouvement. Avec 12 à 14 boutiques en France et plus de 16 boulangeries traditionnelles, ce réseau prouve que la créativité végétale séduit de plus en plus de sportifs et de gourmands.
« Le Paris-Brest, c’est un chou garni de crème pralinée – qui peut devenir végane, si on cherche vraiment. »
Rituels et astuces alimentation végane sportifs
Planifier ses ravitaillements et célébrations à l’avance
Repérer les adresses de pâtisseries végétales sur le parcours
Impliquer ses proches dans la logistique et la fête
Faire de chaque étape une occasion de partage et de motivation
Au-delà de la performance, célébrer son arrivée à Brest avec un Paris-Brest végane, c’est sacraliser l’exploit par un symbole. La ritualisation d’un dessert pour chaque victoire devient source de motivation, de plaisir et d’empathie, tout en montrant que l’alimentation végétale sportive peut rimer avec tradition et créativité.
Quand convictions et émotions mènent l’allure : dialogue, fatigue et sens du dépassement
Dans l’aventure Paris-Brest, Gladis incarne ce que signifient vraiment les émotions défis sportifs véganes. Courir chaque jour entre 20 et 40 kilomètres, parfois sous la pluie, n’est pas seulement une question de performance physique. C’est un engagement total, où la motivation puise sa force dans la cause animale. Comme elle le confie :
Mon cerveau était 100% focus sur penser à la cause, rencontrer les éleveurs... ça aide parce que mon esprit pense pas à l’effort physique.
Ce focus, né de la conviction, transforme la fatigue en énergie. Loin d’être un simple défi sportif, cette course devient un acte militant, où chaque foulée porte le poids – mais aussi l’espoir – d’un message : celui du véganisme et sport comme vecteur d’empathie et de changement.
Pourtant, derrière la détermination, les émotions oscillent. Les rencontres humaines, qu’elles soient avec des éleveurs ou des animaux, laissent des traces profondes. La tendresse d’un porcelet qui tète la main n’a rien d’anodin. Ce geste, loin d’être attendrissant, rappelle la dureté de la réalité agricole et la complexité du dialogue avec le monde rural. Gladis ne cache pas la difficulté de ces moments :
Il faut avoir un certain moral, tu as eu beaucoup de force vraiment.
Le sport militant est un véritable ascenseur émotionnel. La pression de représenter une cause, la fatigue accumulée jour après jour, la pluie, le froid, et parfois la solitude, tout cela pèse. Mais la fierté d’aller au bout, de continuer malgré tout, donne un sens au dépassement. L’engagement militant génère un focus qui transcende l’effort physique, mais il impose aussi de porter la lourdeur du contexte d’élevage et la conscience du destin tragique de nombreux animaux croisés sur la route.
Le dialogue avec les éleveurs, bien que difficile, reste essentiel pour la sensibilisation. Il s’agit d’un échange souvent chargé d’émotions contradictoires, entre respect de l’autre et volonté de faire avancer la cause. Cette démarche, relayée sur les réseaux sociaux, montre l’influence réseaux sociaux véganisme : la visibilité médiatique permet de briser l’omerta, même si la discussion reste parfois taboue.
Au fil des kilomètres, Gladis a fêté ses 36 ans à l’arrivée, symbole d’une endurance qui va bien au-delà de la simple performance. Entre scènes bouleversantes et pression de faire avancer la cause, elle incarne l’impact du véganisme dans le sport : une force qui puise dans l’empathie, la conviction et la volonté de dialogue. Son parcours rappelle que les émotions, loin d’être un frein, sont le moteur de tout dépassement. À travers cette aventure, le sport devient un langage universel, capable de toucher les cœurs et de questionner nos choix collectifs.