Curieusement, mon premier souvenir d’un repas végétarien date d’un dîner entre amis où le débat a largement surpassé le menu. De là à bannir tous produits animaux ? Honnêtement, j’ai mis du temps à en arriver là. Pourtant, derrière chaque assiette, un vrai dilemme de société se cache : entre habitudes, émotions et convictions, franchir le cap du véganisme, c’est tout sauf automatique. Aujourd’hui, tandis que Veganuary 2025 attire les projecteurs et que les rayons végétaux débordent de couleurs, la question reste vive : qu’est-ce que ça change vraiment, dans une vie... et dans notre société ?
Des débuts hésitants à l’essor du véganisme : le parcours n’est jamais linéaire
La transition vers le véganisme ne ressemble que rarement à un chemin tout tracé. Pour beaucoup, elle commence par une prise de conscience progressive, souvent déclenchée par une exposition à la sensibilisation à la souffrance animale. C’est le cas de nombreux témoignages récents, où le passage par le végétarisme sert d’étape intermédiaire vers un engagement plus profond. En 2018, l’intervenante de notre étude évoque ainsi avoir d’abord retiré les produits d’origine animale de son alimentation, devenant végétarienne avant de franchir le cap du véganisme complet en seulement quatre mois. Ce laps de temps, ni trop long ni trop court, illustre la réalité d’un parcours fait de doutes, de questionnements, mais aussi de découvertes culinaires et d’ajustements quotidiens.
Le rôle clé de l’information et des images marquantes
L’information joue un rôle déterminant dans la transition vers le véganisme. Les reportages, notamment ceux de l’association L214, et les vidéos-chocs sur la réalité de l’industrie animale, agissent comme de véritables déclencheurs. L’intervenante confie :
"Maintenant que je sais, je change."
Cette phrase résume la force de l’impact émotionnel ressenti face à la souffrance animale. Selon les recherches, la sensibilisation à la souffrance animale est l’un des moteurs principaux de l’évolution des comportements alimentaires. Les images, une fois vues, laissent une empreinte durable. Elles rendent difficile, voire impossible, le retour en arrière.
Pourtant, il arrive un moment où continuer à regarder ces vidéos devient trop lourd émotionnellement. Beaucoup de véganes engagés avouent ne plus pouvoir supporter ces images, préférant se concentrer sur l’action et la diffusion d’alternatives positives. Comme le dit l’intervenante :
"Quand on est végan pour les animaux, on ne peut plus faire machine arrière."
Ce sentiment d’irréversibilité est partagé par de nombreux militants, pour qui l’éthique prime sur toute autre considération.
Veganuary 2025 : un marqueur de la popularité croissante du véganisme
L’essor du véganisme ne se limite pas à des choix individuels. Il s’inscrit dans une dynamique sociétale, comme le montre l’engouement autour du Veganuary 2025. Cette initiative, qui invite chaque année les consommateurs à adopter une alimentation 100% végétale durant le mois de janvier, connaît une popularité sans précédent. En 2025, 220 entreprises françaises se sont engagées à soutenir le mouvement, un record qui reflète la popularité croissante du véganisme et l’évolution des mentalités.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre 2022 et 2024, l’intérêt pour les alternatives végétales a progressé de +14% en France. Les rayons des supermarchés se diversifient, l’offre de plats préparés sans viande ni poisson s’élargit, et les consommateurs expriment un désir croissant de produits riches en protéines végétales. Le Veganuary n’est plus seulement un défi personnel, il est devenu un événement clé pour tester le véganisme et pour encourager les entreprises à innover.
Un parcours semé de doutes et d’émotions
Devenir végane, ce n’est pas simplement changer ce que l’on mange. C’est aussi traverser des phases de doutes, de remises en question, et parfois de solitude face à l’incompréhension de l’entourage. Les difficultés à abandonner les produits laitiers, par exemple, sont fréquemment citées comme l’un des principaux obstacles lors de la transition. Les débats entre végétariens et véganes autour de ces sujets témoignent de la complexité du cheminement individuel.
L’engagement pour la cause animale s’accompagne d’une charge émotionnelle importante. Certains ressentent le besoin de s’informer sans se surcharger, d’autres trouvent dans la cuisine colorée et créative un moyen d’exprimer leurs convictions. Composer des assiettes variées, riches en couleurs et en saveurs, devient alors un acte militant autant qu’un plaisir quotidien.
Au fil du temps, la transition vers le véganisme s’ancre durablement, portée par la compassion et la volonté de faire avancer la cause animale. Comme le montrent les études, ce parcours n’est jamais linéaire. Il est fait de petites victoires, de moments de doute, mais aussi d’une certitude profonde : une fois le pas franchi, il est difficile de revenir en arrière.
Cuisine, alternatives et passions : l’assiette végane, entre défis et petits plaisirs
L’assiette végane, en 2025, se distingue par sa couleur, sa diversité et la créativité qu’elle inspire. Pour beaucoup, la transition vers une alimentation sans produits animaux commence dans la cuisine, là où se jouent à la fois les plaisirs du goût et les défis du quotidien. La démocratisation des alternatives végétales, notamment au fromage et à la viande, transforme peu à peu les habitudes, mais le chemin reste semé d’embûches, surtout pour les amateurs de produits laitiers.
Le plaisir de la couleur et de la diversité dans l’assiette végane
Composer un repas végane, c’est souvent jouer avec les couleurs et les textures. Beaucoup privilégient une base de féculents – riz, quinoa, pâtes complètes – agrémentée de légumes variés : du vert, du rouge, du orange, pour une assiette aussi belle que gourmande. Les protéines végétales, sous forme de haricots, pois chiches ou alternatives type boulettes, complètent ce tableau. Cette approche, simple mais créative, permet de retrouver du plaisir à table, même en l’absence des produits d’origine animale.
L’intervenante partage : « Moi, j’aime bien me faire des boules, c’est-à-dire que je fais, je mets une base de féculents, ensuite je mets beaucoup de légumes, que ça soit bien coloré dans mon assiette, puis du vert, du rouge, du orange et ensuite je mets les protéines. » Ce rituel culinaire, loin d’être monotone, devient un terrain d’expérimentation, où chaque repas est une occasion de découvrir de nouvelles saveurs et combinaisons.
Fromage et produits laitiers : le point de friction majeur
Si la viande se remplace de plus en plus facilement grâce aux alternatives végétales viande, le fromage reste, pour beaucoup de végétariens, le principal obstacle à franchir. Les difficultés des végétariens avec les produits laitiers sont bien connues : attachement au goût, à la texture, à la convivialité du fromage sur la table. Les alternatives végétales au fromage existent, mais elles sont encore perçues comme des produits de luxe, en raison de leur prix élevé et de leur disponibilité parfois limitée.
« Le fromage, c’est ce qu’on a du mal à retrouver dans l’alimentation végétale… Mais il y a d’excellentes alternatives dans les magasins bio. »
Cette réalité génère des tensions, tant internes qu’externes. Beaucoup de végétariens hésitent à franchir le pas du véganisme à cause de ce lien fort avec les produits laitiers. L’intervenante explique : « Pour beaucoup, remplacer le fromage est plus difficile que la viande ; cela génère tensions et débats internes/externe. » Les débats de société autour de la souffrance animale, de la production laitière et du bien-être des vaches laitières alimentent ces questionnements, parfois douloureux.
Le végétarisme, marchepied ou zone de confort ?
Le végétarisme apparaît souvent comme une étape intermédiaire, une zone de confort avant le saut vers le véganisme. Pourtant, la prise de conscience des réalités de la filière laitière – insémination forcée, séparation du veau et de la mère, abattage précoce – pousse de plus en plus de personnes à remettre en question leur consommation de fromage et de lait. L’intervenante souligne : « Est-ce que nous, en tant qu’animaux humains, tolérerait d’avoir son enfant arraché dès la naissance ? » Ces interrogations, relayées par les réseaux sociaux et les actions militantes, participent à la démocratisation des alternatives végétales.
Essais, erreurs et découvertes : la cuisine végane au quotidien
La transition vers une alimentation végétale se vit aussi dans l’expérimentation. Les essais et erreurs en cuisine font partie du parcours : certains plats déçoivent, d’autres surprennent agréablement. Il n’est pas rare de s’étonner de la qualité des alternatives végétales, même en dehors des grandes villes. « J’ai été surprise de voir l’offre végétale même en campagne », confie l’intervenante. Cette évolution reflète la croissance significative des ventes de produits végétaux en France, portée par une demande accrue pour des options saines, éthiques et accessibles.
Pour autant, le coût des alternatives végétales au fromage reste un frein pour de nombreux foyers. Les produits transformés, souvent plus chers, sont encore perçus comme des produits de luxe. Mais la tendance est à la démocratisation : de plus en plus d’enseignes, portées par des événements comme le Veganuary 2025, s’engagent à proposer des alternatives végétales variées et abordables. L’accès à l’alimentation végétale en 2025 s’améliore, même si le chemin vers une offre vraiment universelle reste à parcourir.
Au final, l’assiette végane est le reflet d’une société en mutation, où les convictions, les plaisirs culinaires et les débats de société s’entremêlent. Entre défis et petits plaisirs, chacun avance à son rythme, porté par la curiosité, la créativité et, parfois, une bonne dose de remise en question.
Militantisme et société : entre débats enflammés, formations et cohabitations épineuses
L’activisme animalier en France, et particulièrement à Rennes, se caractérise par une pluralité d’approches et une dynamique sociale en constante évolution. Les groupes militants pour les droits des animaux, tels que L214, Anonymous for the Voiceless (AV) ou 269 Life, incarnent cette diversité. Chacun adopte des stratégies spécifiques, allant de l’action directe – comme les blocages d’abattoirs ou les libérations d’animaux – à la sensibilisation du grand public ou aux campagnes ciblant les entreprises. Cette complémentarité, loin d’être concurrentielle, permet de toucher différents publics et de renforcer la sensibilisation à la souffrance animale.
L214, par exemple, privilégie une approche pragmatique, s’attaquant à la fois aux industries, aux entreprises et aux consommateurs. Anonymous for the Voiceless, de son côté, investit la rue pour dialoguer directement avec les passants, misant sur l’impact émotionnel et la pédagogie. 269 Life, quant à lui, se distingue par des actions plus radicales, telles que les libérations d’animaux et les blocages d’abattoirs. Toutes ces associations partagent un objectif commun : l’abolition de l’exploitation animale, mais chacune avance à son rythme, avec ses outils et ses méthodes. Comme le résume une militante :
« Plus on sera nombreux à assumer nos choix en étant végan, plus on aura de l’influence sur les autres. »
Cette diversité d’actions s’accompagne d’un besoin croissant de professionnalisation. Les ateliers de formation à l’argumentation et à la communication non-violente sont devenus essentiels. Ils permettent aux militants de mieux structurer leur discours, de s’appuyer sur des sources fiables et de répondre de façon apaisée aux objections. La formation, ouverte à tous, renforce la confiance et la cohésion du groupe, tout en évitant les pièges de la désinformation. Selon les retours de terrain, ces ateliers sont aussi des moments de ressourcement collectif, indispensables pour faire face à la fatigue militante et à la violence verbale parfois rencontrée lors des actions, notamment de la part d’opposants comme certains chasseurs.
Les échanges entre végétariens, véganes et carnistes révèlent une autre facette des tensions sociales. Les débats sont souvent vifs, marqués par des préjugés et des incompréhensions. Les tensions végétariens-véganes s’exacerbent autour de la consommation de produits laitiers ou d’œufs, perçue par certains militants comme une forme de « complicité » envers la souffrance animale. Le végétarisme est parfois vu comme une étape transitoire vers le véganisme, mais il peut aussi devenir un point de crispation, notamment lorsque le passage à une alimentation 100% végétale semble insurmontable pour des raisons culturelles ou émotionnelles. La question des alternatives végétales, notamment au fromage, reste un défi, même si l’offre s’est nettement diversifiée ces dernières années, portée par la croissance du marché et l’engagement des entreprises, comme le montre la participation record au Veganuary 2025.
La cohabitation en couple mixte (végan/carniste) illustre la complexité de l’acceptation sociale. Les compromis quotidiens, les discussions autour des repas et la perception du militantisme dans la sphère intime sont autant de défis à relever. Pour beaucoup, il s’agit de trouver un équilibre entre convictions profondes et adaptation sociale, une sorte de funambulisme permanent. L’image de l’échelle et du fil, évoquée par une intervenante, résume bien cette traversée :
« Si tu pouvais résumer ton parcours en une seule image… une échelle, puis avancer sur un fil comme un funambule. »
Dans ce contexte, la sensibilisation animale sur les réseaux sociaux joue un rôle clé. Elle permet de toucher un large public, de partager des arguments pour convaincre, y compris des sportifs ou des athlètes carnistes, et de créer des communautés de soutien. Les arguments pour convaincre un athlète végan, par exemple, s’appuient sur la santé, la compassion et le refus de la souffrance animale, tout en valorisant la performance sportive sans produits d’origine animale.
En conclusion, l’activisme animalier en 2025 s’inscrit dans une société en mutation, où les débats de société, la formation et la cohabitation des convictions se croisent et s’entrechoquent. Les nuances de l’engagement, de l’action directe à la pédagogie douce, témoignent d’une cause en pleine professionnalisation, portée par la force du collectif et l’exigence d’un dialogue ouvert, parfois difficile, mais toujours nécessaire pour faire avancer la cause animale.
