Il y a des histoires qui vous saisissent à la gorge, d'autres qui inspirent à prendre votre sac et filer sans plan précis. Quand on entend Alexandre décrire ses premiers tours de roues sur un vieux vélo d’occasion, impossible de ne pas se reconnaître dans ses débuts hésitants. Son aventure, ce n’est pas juste du cyclisme ou du véganisme ; c’est un grand saut dans l’inconnu, guidé par une curiosité viscérale et une quête sincère de cohérence. Difficile de rester indifférent face à la force tranquille d’un homme qui assemble outils de chiropracteur, partitions musicales et assiettes végé pour bâtir son propre chemin, kilomètre après kilomètre.
Véganisme et sport : le combo inattendu d’Alexandre
Sur les routes sinueuses de l’Ouest de la France, il y a Alexandre. Trente-deux ans, chiropracteur à Laval, passionné de vélo, musicien à ses heures perdues. Mais derrière le guidon, ce n’est pas seulement un cycliste qui pédale. C’est aussi un homme en pleine transformation, en quête d’harmonie entre alimentation végétale, valeurs personnelles et performance sportive. Son histoire, c’est celle d’une odyssée où le véganisme et sport se rencontrent, parfois à contre-courant des idées reçues.
Tout commence sur les bancs de la fac, entre 2010 et 2017. Alexandre étudie la chiropraxie, discipline qui place le corps, la santé et le mouvement au centre de tout. Très vite, les cours abordent l’impact de l’alimentation sur les douleurs musculaires et articulaires. Un sujet qui, au fil des années, s’infiltre dans ses réflexions quotidiennes. Mais le vrai déclic, il s’en souvient comme si c’était hier.
« J’ai commencé à m’interroger sur l’impact des produits laitiers en 2015 suite à une conférence, ça a été le premier déclic. »
Ce jour-là, une conférence sur les produits laitiers bouleverse ses certitudes. On y explique que le lait, conçu pour faire grandir un veau de 40 à 300 kilos, n’est peut-être pas aussi adapté à l’humain qu’on le croit. Alexandre commence alors à regarder son assiette autrement. Il réduit la viande, questionne ses habitudes, cherche à comprendre. Rien de radical, pas de rupture soudaine. Juste une évolution, lente, réfléchie, presque organique.
En 2018, après un long voyage, il franchit un nouveau cap : il devient végétarien. Ce n’est pas seulement une question de santé. L’écologie s’invite dans la réflexion, tout comme l’éthique animale. Alexandre sent que ses choix alimentaires résonnent avec ses valeurs profondes. Mais il lui manque encore une pièce au puzzle.
C’est là que les documentaires entrent en scène. Un marathon de films comme Cowspiracy, What The Health, Demain… Sur Netflix, il découvre l’envers du décor, les conséquences de l’élevage sur la planète, la santé, les animaux. Ces images, ces témoignages, ces chiffres, tout s’imbrique. Les documentaires deviennent un puissant moteur de changement, un miroir tendu à ses propres convictions. Les transitions alimentaires vers le végétal se font souvent progressivement, et Alexandre en est la preuve vivante.
En 2020, il saute le pas : il adopte un régime végétalien. Plus de produits animaux, plus de compromis. Mais une question demeure, lancinante : le régime végétalien est-il compatible avec l’endurance cycliste ? Alexandre n’est pas le seul à se la poser. Dans le monde du sport, les idées reçues ont la vie dure. Pourtant, la science évolue. Research shows que de nombreux athlètes végans de haut niveau, comme Lewis Hamilton ou Alex Morgan, affirment que l’alimentation végétale améliore leur récupération, leur santé et parfois même leurs performances.
Pour Alexandre, l’expérience est concrète. Sur les routes, il sent son corps réagir différemment. Moins de lourdeurs, une récupération plus rapide, une énergie plus stable. Il apprend à composer ses repas, à surveiller ses apports en vitamine B12, calcium, oméga-3. Il découvre que l’alimentation végétale, riche en antioxydants, aide à réduire l’inflammation et favorise la récupération après l’effort. Les défis ne manquent pas, surtout lors des longues sorties ou des aventures à vélo en Europe. Mais chaque difficulté devient une occasion d’apprendre, de s’adapter, de repousser ses limites.
Ce qui frappe, c’est la dimension humaine de cette transformation. Alexandre n’est pas un surhomme. Il doute, tâtonne, ajuste. Mais il avance, porté par une conviction profonde : il est possible de concilier véganisme et sport, de s’épanouir sur le vélo tout en respectant ses valeurs. Son parcours inspire, parce qu’il montre que le changement n’est pas réservé à une élite. Il est à la portée de tous, à condition d’oser questionner, expérimenter, se tromper parfois, mais ne jamais cesser d’avancer.
L’itinéraire d’Alexandre, de ses études à sa transition alimentaire, met en lumière l’évolution du rapport entre alimentation et sport. Ce n’est pas une ligne droite, mais une succession de petits pas, de rencontres, de prises de conscience. Et si, finalement, le vrai défi n’était pas tant de gravir les montagnes roumaines, mais de réinventer sa façon de vivre, de manger, de bouger ?
Petit laboratoire sur deux roues : performances et sensations en cyclisme végétal
Sur la route, chaque coup de pédale est une expérience. Pour Alexandre, le cyclisme végétal n’est pas qu’un choix alimentaire, c’est une véritable odyssée intérieure. Depuis 2020, il a fait le pari du végétalisme total, transformant son corps en un petit laboratoire vivant, prêt à tester les limites de la santé végétalienne et des performances sportives.
Avant cette transition, Alexandre était déjà sportif. Lycée, natation, course à pied… mais derrière l’effort, il y avait aussi la douleur. Les tendinites, les inflammations, ces petits signaux d’alerte qui freinent l’élan. Mais tout a changé le jour où il a décidé de laisser derrière lui les produits laitiers, les œufs, tout ce qui n’était pas issu du monde végétal. Ce choix, mûri au fil des discussions et des lectures, s’est imposé comme une évidence. Il n’y avait plus de raison de continuer autrement.
Ce qui frappe, c’est la transformation physique. Alexandre le dit sans détour :
« Depuis que je suis végan, j’ai quasiment plus d’inflammation tendineuse, alors que j’ai triplé ma dose de sport par semaine. »
Ce n’est pas une simple impression. Après 2020, il a multiplié par trois, parfois quatre, son volume d’entraînement hebdomadaire. Plus de 10 000 km parcourus à vélo à travers l’Europe, sans voir ressurgir les douleurs qui le freinaient autrefois. Cette évolution, il la vit comme une révélation.
Ce n’est pas seulement une question de kilomètres ou de statistiques. C’est une question de récupération sportive, de sensations après l’effort. Alexandre n’est pas seul sur la route. Il partage souvent ses sorties avec des amis cyclistes, non végans pour la plupart. L’occasion parfaite pour comparer, observer, ressentir. Là où ses coéquipiers se plaignent parfois d’inflammations, lui se sent léger, presque invincible.
Bien sûr, il reste humble. Il sait que chaque corps est unique, que la science n’a pas encore tout expliqué. Mais il ne peut ignorer ce qu’il vit au quotidien. Les discussions avec d’autres sportifs confirment ce ressenti : l’alimentation végétalienne, riche en antioxydants, semble jouer un rôle clé dans la réduction de l’inflammation sportive et l’amélioration de la récupération. Les études récentes abondent dans ce sens : un régime végétalien peut améliorer la circulation sanguine, réduire le stress oxydatif, et donc favoriser une meilleure santé articulaire et musculaire.
Alexandre n’a pas rencontré de carences majeures. Il reste vigilant, bien sûr : la vitamine B12, le calcium, les oméga-3… ces éléments essentiels demandent une attention particulière. Mais avec une alimentation équilibrée, variée, et parfois une supplémentation adaptée, il n’a jamais ressenti de manque. C’est un point crucial, souvent mal compris par ceux qui doutent du cyclisme végétal : il ne s’agit pas de se priver, mais de choisir différemment.
L’entourage, au début, n’a pas toujours compris. Les amis, la famille, parfois sceptiques, ont observé, questionné, douté. Mais les résultats sont là. Les performances sportives parlent d’elles-mêmes. Peu à peu, les préjugés tombent. Et puis, il y a la gourmandise, cette arme secrète d’intégration. Alexandre vit avec une traiteur végane, et la maison résonne des parfums généreux de plats copieux, réconfortants, qui rappellent l’enfance et bluffent même les plus réticents.
Recevoir des cyclistes omnivores, partager un repas après une longue sortie, c’est aussi ça, l’aventure. Montrer que la santé végétalienne peut rimer avec plaisir, que le végétal n’est pas synonyme de restriction mais d’abondance et de découverte. Les plats de Charline, sa compagne, sont une invitation à la curiosité, à l’ouverture. Et sur la route, chaque étape devient une occasion d’échanger, de partager, de faire tomber les barrières.
Alexandre le sait : il n’a pas toutes les réponses. Mais il avance, porté par cette énergie nouvelle, cette sensation de liberté retrouvée. Le cyclisme végétal, pour lui, c’est plus qu’une performance. C’est une façon de se découvrir, de repousser ses limites, de prouver que l’on peut être fort, endurant, et en pleine santé, tout en respectant ses valeurs.
Sur deux roues, il poursuit son chemin, inspirant ceux qui croisent sa route à explorer, eux aussi, les possibles d’une alimentation végétale et d’une vie sans inflammation.
La grande traversée : l'Europe à vélo, entre dépassement et coups de blues
En 2017, Alexandre s’élance sur les routes d’Europe, le cœur battant, l’esprit libre, une idée un peu folle en tête : relier Toulouse à l’Asie à vélo, puis revenir par le nord du continent. Ce n’est pas un cycliste chevronné qui part, mais un jeune homme avide d’aventure, de dépassement et de découverte. Son premier compagnon de route ? Un vieux vélo acheté pour cinquante euros, trop petit, brinquebalant, mais porteur d’un rêve immense. Rapidement, il comprend qu’une aventure cycliste de cette ampleur exige un minimum d’équipement : il investit alors dans un vélo de voyage solide, des sacoches, un réchaud, des panneaux solaires. Le départ se fait en hiver, dans le froid, entre Normandie et Toulouse, pour tester son matériel et, surtout, se tester lui-même.
Ce premier galop d’essai n’est qu’un prélude. En février, Alexandre prend la route pour de bon. Son itinéraire n’est pas tracé au cordeau : il avance au gré des envies, des rencontres, des imprévus. La Corse, découverte sur un coup de tête, lui offre ses paysages sauvages et ses routes escarpées. L’Italie, la Slovénie, la Croatie, la Bosnie, le Monténégro, l’Albanie, la Grèce, la Turquie, la Bulgarie, la Roumanie, la République tchèque, l’Allemagne… Plus de 10 000 kilomètres, plus de douze pays traversés, des frontières franchies sous la pluie, le vent, parfois la neige.
Sur la route, chaque jour est une leçon d’endurance sportive. Les galères ne manquent pas : routes défoncées, tempêtes imprévues, pannes mécaniques, nuits glaciales sous la tente. Mais il y a aussi la magie des rencontres, les amitiés cyclistes qui se nouent au détour d’un col, les collectifs alternatifs où il pose ses sacoches pour quelques jours. Alexandre découvre la solidarité de la communauté cycliste, la chaleur humaine qui réchauffe les soirs de doute. Il apprend à improviser, à s’adapter, à renoncer parfois à un itinéraire trop ambitieux pour mieux savourer l’instant présent. C’est là que réside la vraie énergie sportive : dans la capacité à rebondir, à transformer chaque obstacle en opportunité.
L’aventure n’est pas qu’une question de muscles ou de kilomètres avalés. Les défis mentaux sont tout aussi puissants. Il y a les moments de solitude, les coups de blues, la fatigue qui ronge, le moral qui vacille. Mais il y a aussi l’émerveillement devant un lever de soleil sur la mer Adriatique, la fierté d’avoir franchi un col qui paraissait insurmontable, la joie simple de partager un repas avec des inconnus devenus amis. Alexandre comprend que le voyage, c’est aussi l’apprentissage du renoncement, l’acceptation des détours imprévus, la beauté des chemins de traverse.
Son cyclisme végétal intrigue, parfois suscite des questions. Mais il prouve, jour après jour, que l’alimentation végétalienne n’entrave en rien les performances sportives. Bien au contraire, il ressent une récupération plus rapide, une énergie stable, une clarté d’esprit qui l’aide à affronter les longues étapes. Les études le confirment : de nombreux athlètes de haut niveau, comme Lewis Hamilton ou Alex Morgan, vantent les bienfaits du végétalisme sur l’endurance et la santé. Alexandre, lui, en fait l’expérience concrète, sur les routes d’Europe, entre tempêtes et éclaircies.
Parmi les souvenirs marquants, il y a cette nuit en Roumanie, dans les montagnes de Transylvanie. Accompagné d’un autre cycliste, il s’enfonce dans la forêt à la tombée du jour. La fatigue est immense, la peur palpable, mais l’aventure est totale.
« On a plongé dans la montagne à la tombée de la nuit, comme dans la Moria du Seigneur des Anneaux. »Ce sont ces moments, suspendus entre doute et exaltation, qui forgent le voyageur.
Au fil des kilomètres, la montagne, d’abord redoutée, devient passion. Les plans changent, les certitudes vacillent, mais la route enseigne la persévérance, l’humilité, la joie du simple mouvement. Rien n’est figé, tout se réinvente. L’aventure cycliste d’Alexandre, c’est la preuve vivante que l’on peut repousser ses limites, découvrir le monde et soi-même, et que chaque détour, chaque galère, chaque rencontre fait partie du voyage. C’est là, au cœur de l’imprévu, que naît la vraie magie du voyage à vélo.
